Drogue de Voyage

Bilan de 6 mois de vadrouille

Crédit illustration : Florian Lissot

Ça fait presque 6 mois que je vadrouille.

J’en avais entendu parler ici et là. 6 mois, c’est charnière.

Après avoir crapahuté de l’Inde au Japon en passant par l’Asie du Sud-Est, me voici au Mexique. Cette escale (imprévue) a permis de décanter ces derniers mois.

Le rush

Voyager, tout le monde en parle, c’est découvrir plus que ce que l’on aurait pensé découvrir. C’est se découvrir plus que ce que l’on aurait pensé se découvrir. C’est s’ouvrir plus que ce que l’on aurait pensé s’ouvrir.

Ces trois points étaient ce que je venais chercher en décidant de quitter mon appartement et ne partir qu’avec ce qui me semblait être le strict minimum.

Après coup, je me rend compte d’une autre raison. Voyager, après l'avoir testé une première fois “pour essayer”, c’est aussi fuir son quotidien.

Le binge

Voyager, c’est prendre goût à découvrir toujours plus, se découvrir toujours plus, s’ouvrir toujours plus.

Dans cette course au plus, ce qui me semblait être le “strict minimum” s’est en fait avéré être un “toujours trop”. Il faut réduire plus. Ce qui m’a d’ailleurs fait m’intéresser au minimalisme (voir nosidebar.com).

Les habitudes se forgent au fur et à mesure. Petit à petit, il faut augmenter la dose. La sensation d’avoir vécu de cette manière depuis des années arrive ; au bout de 2 mois environ pour ma part. Tout devient alors d’une certaine normalité. L’incroyable tent vers le quotidien. Le superbe tent vers le beau. Mais ici et là, une claque justifie de continuer sur ce rythme.

La descente

Voyager, particulièrement en solo, c’est aussi des moments de mou. Des moments de solitude. Des heures ou jours où tout fonctionne de travers. Comme la raison pour laquelle je me trouve actuellement au Mexique : le vol de mon passeport pendant mon escale entre Tokyo et Montréal. Pour la petite aparté, cette mésaventure m'aura permis de découvrir ce pays plus que prévu. Un mal pour un bien.

Il y a également l’adrénaline des expériences passées qui retombe, le manque des proches, le décalage trop important avec les habitudes locales, la lassitude de croiser encore et toujours ces voyageurs-fêtards (typique d’Asie du Sud Est) qui découvrent la liberté que leur offre le fait d’avoir quitté le cocon familial.

Etat de manque

Le voyage est une drogue.

Il y a les excitants. Ces phases où la bougeotte est de mise. Où une ville n’a plus rien à offrir à nos yeux au bout de deux jours. Où une journée ne peut se passer sans avoir coché un des items d’une “Bucket list”.

Il y a les sédatifs. Ces phases où, airer dans les rues d’une ville, s’arrêter ici ou là pour gouter une nouvelle cuisine, échanger / baragouiner deux mots avec un local, suffisent.

Chacun a ses préférences. Son mode de consommation. Sa dépendance.

La dépendance. Aujourd’hui, après ces 6 mois hors de France, je la ressens. Difficile d’imaginer un retour total en France. Une peur de me retrouver sans ces montées d’adrénalines que je m’injecte régulièrement, peut-être. Car même si elles s’accompagnent potentiellement de moments moins agréables, elles en valent la peine. L’envie de poursuivre ce "toujours plus", certainement. Le besoin de découvrir un maximum de l’immensité qu’il reste à découvrir, à coup sûr.

Alors, non, le voyage ce n’est pas simplement ce que l’on peut voir dans les superbes vidéos de 3-5 minutes, enchaînant les temples d’Angkor, du saut à l’élastique, un lever de soleil sur Borobudur, un gros plouf dans un lac perdu et un cadrage créatif sur le Salar d’Uyuni.

Voyager, c’est aussi accepter de payer une contre-partie.

Nulle drogue ne procure que du plaisir.